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Ah ! Comme je me sens mieux là haut, sur ma falaise, cachée parmi les ajoncs et les bruyères
Seule la voie rapide, que j'aperçois au loin, me rappelle le monde à 100 à l'heure
Un rayon de soleil sur mes épaules
Trois petites mouches qui m'écoutent jouer de l'accordéon
Les marins d'eau douce, en contrebas, lèvent le nez à la recherche du rocher d'où s'égrainent les notes
Les ajoncs embaument la tiédeur du printemps
Et la belle Vilaine, si mal nommée, se languit sous mes yeux
Quand tout à coup j'entends une note, puis deux
Et c'est à mon tour de chercher sans succès
De scruter le paysage
est un accordéon diatonique qui résonne sur l'autre rive
Comme si le mien l'avait appelé et qu'il nous répondait
Je ne saurai jamais * qui m'a entendue depuis l'autre côté, blotti(e) dans les bois de pins
Mais une chose est sûre, c'est que ce soir nous avons partagé un bel instant
Nos accordéons ont tracé un pont sonore entre les deux villages
Les marins et les rares promeneurs, même les oiseaux, ne savaient plus où donner de la tête
Et je suis repartie le cœur enchanté
les larmes aux yeux
dans l'enivrante odeur des sureaux en fleurs
Retrouver le monde à 100 à l'heure
[* mise à jour 2026 : j'ai retrouvé l'accordéoniste de l'autre rive... c'était l'un de mes élèves !]
Soleil matin
Café léger
Dans un bain d'ânes
Les bourgeons bourgeonnent
Et le coucou coucoute
Printemps, je t'attendais avec impatience !
C'est encore l'été
Errances en tête-à-tête avec l'âne, qui entend et ressent toutes les vibrations : celles du vent léger, celles de l'océan tout proche, celles de ma voix, et même celles des coeurs, qui le poussent à s'arrêter d'instinct près de certaines personnes : ce soir, deux enfants émerveillés et une dame âgée sortie en robe de chambre pour le caresser et poser sa tête contre la sienne, mince front aux cheveux gris contre le large front noir... Quel secret se sont-ils échangé par la pensée ?
Le soleil, comme posé sur l’horizon, éclaire notre petit bourg côtier d’une douce lumière orangée. Dans les jardins j’aperçois les maillots de bain qui sèchent sur les fils, l'air sent l'iode et le barbecue, partout ça résonne des rires d'enfants. Tout au long de notre chemin, la paisible rivière Saint Eloi nous guide : au sud-ouest, son embouchure et le petit port de Pen Lan ; au nord, elle remonte vers la maison.
Avec Berni mon âne-poète, nous n'allons jamais bien vite, mais au cliquetis régulier et nonchalant de ses sabots, j’irais au bout du monde...
Il y a quelque chose en montagne qui apaise mes angoisses les plus profondes, celles que je sais si solidement ancrées en moi, depuis aussi longtemps que je m'en souvienne. Leur présence inébranlable, hors du temps, immuable, me rassure.
Elles étaient là hier, elles seront là demain...
J'aime particulièrement la montagne dite "à vaches". Cette expression sonne péjorativement dans la bouche d'un alpiniste adepte de sensations fortes. Bien au contraire, je m'y sens à ma place, accueillie, dans un espace indéfini entre terre et ciel. Ses grandes étendues. L'estive. L'odeur des troupeaux imprégnée dans la terre, perceptible dès la fonte des neiges au printemps, jusqu'aux premières gelées de l'hiver suivant. Ses rondeurs et ses pentes douces. Ses sentiers tracés instinctivement par les bêtes. Ses murets de pierres sèches, devant lesquels je ne peux m'empêcher de penser aux braves hommes qui les ont façonnés, caillou après caillou, saison après saison, dans la rudesse de l'hiver et la chaleur de l'été.
Marcher en montagne, c'est un peu quitter le monde, entrer dans un autre espace-temps, loin du tumulte de la société pressée et connectée.
Elles étaient là hier, elles seront là demain...
Je me sens plus vivante que jamais. Mes jambes, d'apparence frêles comme celles d'un jeune moineau, me portent avec entrain, et ça grimpe, un pas devant l'autre, dans un tempo doux et régulier. Deux chamois au loin, dans l'ubac, vont et viennent, manifestement dérangés par ma présence. Je m'excuse et continue mon chemin. La montagne, elle, s'en fout. Elle était là hier, elle sera là demain.
Blottie dans l'herbe jaunie de l'hiver qu'un vent frais fait onduler, je contemple l'infini silence et j'écris.
Le soleil décline au royaume des mouflons. Il ne sera bientôt qu'un lointain souvenir caché derrière le massif. Il est temps de quitter le monde d'en haut, dans une émotion à peine contenue.
Il était là hier, il sera là demain...
Ce soir de janvier, sans m'en apercevoir, j'ai transpercé le soleil en plein cœur
Il a pleuré des rayons qui ont fait fondre la neige sur les hautes terres d'Auvergne
Devant tant de maladresse, la montagne millénaire a pleuré aussi
mais les skieurs ont continué de skier, aveuglés peut-être par tant d'azur
sur l'unique couloir blanc factice qui avait résisté, à grands coups de canons, à l'assaut lumineux
Le moniteur était rouge de désespoir et le téléski cherchait un sens à sa vie
Aujourd'hui le mois de janvier a flirté avec l'été...
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